Présentation de la ville de Dibgou

Écrit par Super Utilisateur

 

Le tell Dibgou est l’un des sites les plus vastes et les mieux conservés du Nord-est du Delta du Nil. Situé sur les marges sud du Lac Menzaleh, dans la province de Sân el-Hagar (Tanis), il contient les ruines de l’ancienne ville de Dibgou, nommée Dabiq dans la littérature médiévale, dont l’histoire se développe sur plus de deux millénaires et qui, jusqu’en 2014, était restée vierge de toute fouille archéologique. Constitué de couches de terrains stratifiés sur une grande épaisseur, il s’élève à 20 mètres au-dessus du niveau de la mer et s’étend sur une surface de près de 70 hectares.

 

Plan de situation de Dibgou dans le Delta du Nil
Plan de situation de Dibgou dans le Delta du Nil

 

Sa masse impressionnante s’est dressée pendant des siècles au milieu de terres abandonnées, devenues peu à peu marécageuses. Cette situation isolée explique sa survie jusqu’à nos jours, alors que d’autres tells, parfois plus grands, ont disparu du fait de la pression des terroirs agricoles environnants. Il se dresse actuellement au milieu de terres nouvellement bonifiées sous la forme de fermes à poissons dont la réputation s’étend jusqu’à Ismailya et Port-Saïd.

 

Les hauteurs du tell Dibgou. 2014 (© MATD / Christelle Desbordes)
Les hauteurs du tell Dibgou. 2014 (© MATD / Christelle Desbordes)

 

La documentation relative à Dibgou est très mince. Seules les sources arabes nous informent sur l’histoire de Dibgou (Dabiq), dans la phase terminale de son développement. Dabiq est notamment citée par des historiens tels que Muqaddasi à la fin du Xe siècle ou Ibn Duqmaq et Maqrizi au XVe siècle.

La ville, alors île sur le lac Menzaleh, s’insérait à cette époque dans un réseau urbain important dont la production de textile était l’activité fondamentale. Plusieurs manuscrits arabes mentionnent ainsi l’atelier d’Etat (le tiraz) de Dibgou, fournisseur prisé des califes pour la confection d’étoffes très fines en lin, soie et fils d’or, et l’appellation dabiqi fut même donnée à une variété d’étoffes de lin précieuses qui pouvaient porter un décor de tapisserie ou de broderie en fils de couleur et fils d’or. Ces tissus, présents dans la garde-robe des califes et de leur cour, étaient utilisés sous forme de turbans, de chemises et de vêtements d’intérieur.

Les textiles luxueux provenant des ateliers califaux du Nord-est du Delta du Nil, de Damiette, de Tinnis, de Shata ou encore de Dabiq, étaient réputés dans tout le Moyen-Orient pour avoir la finesse de la membrane intérieure de l’œuf. Il est très probable que le site contienne encore les restes d’espaces affectés à la production de textiles (ateliers de tissage et de teinture) et au commerce de ces tissus (échoppes et entrepôts), célèbres dans tout le Proche-Orient arabe.

 

Manuscrit arabe
Manuscrit arabe

 

Cette cité musulmane de premier plan était peuplée d’une importante communauté copte. La ville possédait ainsi un évêché reconnu qui, dans le courant du XIe siècle, était dirigé, d’après les listes épiscopales, par un évêque nommé Ibrahim. D’après les sources manuscrites arabes, les Chrétiens restèrent majoritaires à Dibgou jusqu’à la fin du XIe siècle. Le site possède encore les ruines de ses édifices religieux, qui devaient être au cœur de la vie de la cité médiévale.

L’histoire de Dibgou s’efface ensuite progressivement à partir du XIIe siècle, époque à laquelle il semble qu’un déclin irréversible fut entamé dans toute la région.

 

Lever de soleil aux abords du tell Dibgou. 2016 (© MATD / Christelle Desbordes)
Lever de soleil aux abords du tell Dibgou. 2016 (© MATD / Christelle Desbordes)

 

Grâce aux recherches réalisées par notre équipe sur le terrain depuis 2014, la richesse de l’histoire de cette cité ancienne rejaillit peu à peu. Alors que la ville n’était auparavant connue qu’à l’époque musulmane, notre première saison de fouille à Dibgou a abouti à la découverte exceptionnelle d’une cité pharaonique jusqu’à présent totalement inconnue, qui est née au cours du XIe siècle avant notre ère non loin de Tanis, alors nouvelle capitale de l’Égypte. La ville s’est ensuite développée tout au long des périodes grecque, romaine et byzantine, pour devenir une agglomération musulmane notable au Moyen-Âge.

 

L’équipe de la MATD à l’œuvre au cœur des vestiges de l’ancienne cité pharaonique et médiévale de Dibgou. 2019 (© MATD / Christelle Desbordes)
L’équipe de la MATD à l’œuvre au cœur des vestiges de l’ancienne cité pharaonique
et médiévale de Dibgou. 2019 (© MATD / Christelle Desbordes)

 

Voici les principales découvertes réalisées par notre équipe entre 2015 et 2019 :

 

  • Un vaste quartier d’habitation situé dans la partie orientale de la cité médiévale

Parmi les trésors architecturaux découverts dans ces habitations, se trouvaient l’une des plus anciennes portes d’entrée en bois clouté connue au Proche-Orient, deux salles d’eau d’une qualité exceptionnelle qui n’ont jusqu’à présent pas leur pareille en Egypte, ou encore un escalier en bois remarquablement conservéL’élégance de l’architecture de ces demeures atteste du rang de leurs occupants, acteurs du dynamisme de la cité à une époque où son prestige se répandait bien au-delà des frontières de l’Egypte.

 

Dégagement de la porte d’entrée en bois d’une habitation de la Dibgou médiévale. 2017 (© MATD / Christelle Desbordes)
Dégagement de la porte d’entrée en bois d’une habitation de la Dibgou médiévale. 2017
(© MATD / Christelle Desbordes)

 

Les niveaux qui recouvraient cet ensemble contenaient les restes d’un abondant mobilier faisant écho au nombre impressionnant d’objets confectionnés en matériaux organiques découverts dans une zone de dépotoir au Nord de ce quartier d’habitation. Les nombreuses pièces de tissu ornées de décors géométriques aux couleurs variées et plusieurs bonnets quasiment intacts confectionnés selon la technique du sprang étaient particulièrement remarquables. L’ensemble de ces découvertes a permis de mettre en lumière le raffinement du mode de vie des habitants de Dibgou à une époque où la cité était réputée dans tout le Proche-Orient pour la qualité de ses ateliers de tissage.

 

Pièce de tissu en lin mise au jour dans l’ancienne cité de Dibgou. 2016 (© MATD / Christelle Desbordes)
Pièce de tissu en lin mise au jour dans l’ancienne cité de Dibgou. 2016
(© MATD / Christelle Desbordes)

 

  • La découverte d’une église au cœur de la cité médiévale, à une époque où la ville était majoritairement peuplée de Coptes.

Cette église s’étendait sur environ 21 mètres d’Ouest en Est et 11 mètres du Nord au Sud. Elle connut plusieurs phases d’aménagement et s’intégrait à un ensemble architectural plus vaste. Sous le chœur de l’église, se trouvait une citerne à eau, qui fait écho à plusieurs autres citernes mises au jour dans la partie ouest du site. Chaque partie de cette église en révélait la majesté. Ses colonnes surmontées d’arcades, ses pilastres, ses chapiteaux, ses espaces de prière ou sa tour d’escalier sont autant d’inestimables témoignages des pratiques religieuses des habitants de Dibgou il y a près de 1000 ans. La qualité de son mode de construction révèle encore une fois le raffinement de la ville de Dibgou au Moyen-Âge.

 

Eglise mise au jour au cœur de la cité médiévale de Dibgou. 2018 (© MATD / Christelle Desbordes)
Eglise mise au jour au cœur de la cité médiévale de Dibgou. 2018
(© MATD / Christelle Desbordes)

 

  • La renaissance de la ville d'époque pharaonique

En 2015, nous avons repéré la présence d’ateliers d’artisanat d’époque byzantine sur les marges nord du site et d’une nécropole populaire gréco-romaine dans sa partie sud.

Entre 2016 et 2018, nous avons découvert sur les flancs ouest du site un vaste quartier de la ville, dont l’histoire remonte au moins au VIIe siècle avant notre ère et qui s’est ensuite développé au cours de la période grecque. Actuellement visible sur plus de 1000 m2, il s’étendait bien au-delà des limites de notre fouille. Ce quartier d’habitation, dynamique et densément bâti, a continué d’exister aux époques romaine et byzantine avant de laisser place à la cité médiévale. Tel un livre à ciel ouvert, chaque page de l’histoire millénaire de la cité se superpose ainsi aux autres dans ce quartier ouest de la ville.

 

Découverte d’un quartier d’habitations de la ville pharaonique de Dibgou. 2016 (© MATD / Christelle Desbordes)
Découverte d’un quartier d’habitations de la ville pharaonique de Dibgou. 2016
(© MATD / Christelle Desbordes)

 

Les premiers objets d’époque pharaonique jamais découverts à Dibgou ont commencé à émerger des profondeurs de la cité et attestent, eux aussi, de son dynamisme tout au long du 1e millénaire avant JC. De nombreux éléments architecturaux en calcaire, vestiges probables du temple implanté à Dibgou dès ses origines, ont ainsi été mis au jour en divers endroits du site. Un lot d’oushebtis en terre cuite, ces statuettes funéraires qui accompagnaient les morts dans l’au-delà, a été retrouvé aux côtés d’un défunt, dans la nécropole découverte au Sud de la ville, tandis que nous avons eu le plaisir de découvrir un bel oushebti en faïence égyptienne, inscrit de hiéroglyphes, au cœur des vestiges du quartier ouest de la cité. Amulettes et statuettes illustrent les croyances religieuses des habitants de la ville. Les nombreuses poteries et pièces de monnaie mises au jour au cœur des vestiges de la ville gréco-romaine font quant à elles rejaillir le quotidien de ses habitants. Tout ici illustre la vitalité de cette cité pharaonique dès l’aube de son histoire.

 

Oushebti en faïence égyptienne découvert au cœur des vestiges de la ville pharaonique de Dibgou. 2017 (© MATD / Christelle Desbordes)
Oushebti en faïence égyptienne découvert au cœur des vestiges
de la ville pharaonique de Dibgou. 2017 (© MATD / Christelle Desbordes)

 

  • La découverte de l’enceinte du temple de la ville à l’époque pharaonique

Nécessaire à son bon fonctionnement, ce temple devait être implanté au cœur de la cité. Edifié en calcaire, il était clôturé par un mur d’enceinte destiné à le protéger du monde extérieur. Un segment de cette enceinte fut découvert à près de sept mètres sous la surface du sol. Ce mur de clôture, daté de l’époque gréco-romaine, est encore conservé sur près de quatre mètres de hauteur. Il s’agit du premier édifice monumental d’époque pharaonique jamais découvert sur le tell Dibgou. Alors qu’elle était en pleine expansion, la ville s’est ainsi dotée d’une enceinte destinée à recevoir ses monuments cultuels. C’est autour de ce nouveau centre religieux que la cité a ensuite poursuivi son développement.

 

Découverte en cours de l’enceinte qui clôturait le temple de Dibgou à l’époque pharaonique. 2018 (© MATD / Christelle Desbordes)
Découverte en cours de l’enceinte qui clôturait le temple de Dibgou
à l’époque pharaonique. 2018 (© MATD / Christelle Desbordes)

 

  • La découverte des vestiges du temple de la ville à l’époque pharaonique

La question se posait de savoir ce que recouvrait l’église que nous avons découverte. Ce monument dédié au culte chrétien a en effet été découvert immédiatement au sud du segment d’enceinte qui clôturait le temple de la ville à l’époque pharaonique. Les églises ayant couramment été bâties sur les lieux d’anciens cultes païens, pourquoi cette église n’aurait-elle alors pas été construite sur les lieux d’un ancien temple pharaonique.

Les découvertes réalisées dans le secteur semblent corroborer cette hypothèse. En tout, nous avons découvert plus de 200 blocs provenant du temple pharaonique de Dibgou et réutilisés dans la maçonnerie de ce complexe religieux à l’époque médiévale.

 

Quatre des blocs décorés provenant du temple pharaonique de Dibgou et réutilisés dans la maçonnerie de son église à l’époque médiévale. 2019 (© MATD / Christelle Desbordes)
Quatre des blocs décorés provenant du temple pharaonique de Dibgou et réutilisés
dans la maçonnerie de son église à l’époque médiévale. 2019 (© MATD / Christelle Desbordes)

 

Grâce à la découverte de son enceinte et à la mise en évidence des lieux de concentration des blocs de calcaire qui composaient sa maçonnerie, notre travail a permis de resserrer au maximum la zone de recherche de l’emplacement de ce temple, dont les vestiges dormant actuellement à près de neuf mètres sous la surface du sol.

 

L’équipe de la MATD au travail au cœur des vestiges de l’ancienne cité pharaonique et médiévale de Dibgou. 2017 (© MATD / Christelle Desbordes)
L’équipe de la MATD au travail au cœur des vestiges de l’ancienne cité pharaonique et médiévale de Dibgou.
2017 (© MATD / Christelle Desbordes)
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